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13 janvier 2026

Agir pour les Droits de l’Enfant : quand la jeunesse porte la voix de la différence dans le Sud-Ouest !

Dans le cadre de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, Apprentis d’Auteuil Sud-Ouest et le Barreau de Bordeaux ont organisé, le 20 novembre dernier, leur cinquième conférence au sein des salons de la mairie de Bordeaux. Pour la première fois, l’événement a été animé par quatre jeunes — Lucas, Cassandra, Sliviana et Katarina — donnant à la soirée une dimension nouvelle, plus vivante, plus incarnée.

Devant un public composé de donateurs, collaborateurs, élus, partenaires, avocats et étudiants, la soirée a mis en lumière des témoignages forts ainsi que l’expertise de professionnels de la protection de l’enfance. Les échanges ont porté sur le droit à la différence, à l’égalité et à la non-discrimination, une thématique choisie par les jeunes lors d’un atelier « Penser et Agir Ensemble » mené en amont du concours d’éloquence en mai dernier.

conférence des droits de l'enfant

Une jeunesse qui interroge le rôle de la CIDE

« Cette reconnaissance du droit à la différence est au cœur de la mission d’Apprentis d’Auteuil, vous permettez aux jeunes de s’exprimer et de cultiver leurs singularités. » Par ces mots, Camille Choplin, adjointe à la mairie de Bordeaux chargée de la vie associative, a ouvert la conférence.

Très rapidement, les jeunes ont interpellé Jean-Marc Sauvé, président du conseil d’administration d’Apprentis d’Auteuil, Maître Jérôme Delas, vice-bâtonnier du barreau de Bordeaux, et Amélie Guibert, représentante Nouvelle-Aquitaine du Défenseur des droits de l’enfant. Objectif de ce premier échange : questionner le rôle de la CIDE et rappeler l’importance, pour chaque jeune, de connaître et comprendre ses droits.

Jean-Marc Sauvé a souligné l’importance de ce texte fondateur : « Cette convention est une ressource inépuisable pour intérioriser les droits des enfants et en même temps les promouvoir et les faire respecter. »

Amélie Guibert, représentante du Défenseur des droits, a complété : « La CIDE a changé notre regard sur les droits de l’enfant. Mais aujourd’hui encore, beaucoup d’enfants et d’adultes ne la connaissent pas. Notre rôle est de les sensibiliser. »

Lucas aux côtés de Jean-Marc Sauvé, Maître Jerôme Delas et Amélie Guibert
(c) Apprentis d'Auteuil

Le droit à la différence, une réalité vécue au quotidien

Le premier temps fort de la conférence a été porté par les témoignages des jeunes, qui ont choisi de parler de la différence à partir de leur expérience personnelle.

C'est Lucas, jeune accueilli au sein de l'établissement Saint-Joseph, qui a d’abord pris la parole pour parler de ce droit à la différence. Il a impressionné le public en partageant son histoire et son vécu face à la différence. Ses mots ont fait réagir l'auditoire : « Il y a bien une question que je me suis posée, c’est le droit à la différence ! Sachez-le, je n’aime pas le mot égalité, je préfère de beaucoup le mot différence ! Car si on vivait tous égaux, au final il y aurait beaucoup d’injustice, non ? ». Au travers de cet exercice de prise de parole il a su dépasser ses peurs et prendre de nouveaux risques : « J’en veux comme preuve ma présence aujourd’hui devant vous ! »

Cassandra, avec beaucoup d’émotion, est revenue sur son histoire et les épreuves qu’elle a traversées, marquées par la violence et le harcèlement. Sa prise de parole visait à rappeler que trop de jeunes vivent encore ces situations dans le silence : « C’est pour cette raison que j’ose prendre la parole devant vous, pour dire NON à la violence, à la discrimination et au harcèlement ! Même si je suis encore très jeune, j’ai vécu des choses violentes et j’espère que mon témoignage pourra servir d’exemple à d’autres qui n’osent pas parler !»

Sliviana a conclu cette séquence en insistant sur la nécessité de défendre le droit à la différence « à tout prix ». « Le droit à la différence est un droit sacré ! Le harcèlement ne doit plus exister ! »

Lucas à la conférence des droits de l'enfant 2025
(c) Apprentis d'Auteuil
Cassandra à la conférence des droits de l'enfant 2025
(c) Apprentis d'Auteuil
Sliviana à la conférence des droits de l'enfant 2025
(c) Apprentis d'Auteuil

Les professionnels présents ont salué le courage de ces interventions. Au-delà de leurs histoires, les jeunes ont montré qu’ils étaient capables de prendre la parole, de revendiquer leurs droits et d’interpeller les adultes avec lucidité et détermination. Très émue, Maître Claire-Emmanuelle Moreau a salué leur courage : « Je suis fière de ce que nous venons d’entendre. Vous portez une magnifique jeunesse. »

Accueillir toutes les différences : handicap, santé mentale, hypersensibilité

La deuxième partie de la conférence s’est penchée sur la manière dont la société accueille — ou peine à accueillir — les différences, notamment dans les situations liées au handicap ou à la santé mentale. Amandine, jeune accueillie à Saint-Joseph, a témoigné par l’intermédiaire de Juliane gagnier, chargée de communication pour Apprentis d'Auteuil, de l’importance d’assumer ses particularités : « Mon hypersensibilité est une force… elle me rend plus créative, plus empathique. »

Deux thématiques ont été particulièrement explorées : le handicap et la santé mentale, enjeux quotidiens pour de nombreux jeunes. Pour Maître Philippe Lafaye, « Il ne suffit malheureusement pas qu’un droit soit inscrit dans la convention pour qu’il soit effectif. »
Trouver des structures capables d’accueillir des enfants porteurs de handicap reste un véritable parcours du combattant. Les familles comme les juges se retrouvent parfois sans solutions adaptées, faute de places ou de dispositifs.

Heureusement, des institutions comme le Barreau de Bordeaux mettent en place des permanences dédiées, permettant d’accompagner les jeunes concernés par le handicap ou la santé mentale. « L’objectif de ces permanences est d’aller au plus près de ces mineurs vulnérables, en les rencontrant directement dans les lieux où ils se trouvent : au CHU de Bordeaux, à la Maison des adolescents ou encore dans les établissements scolaires », précise Maître Céline Penhoat. Ces permanences constituent une première étape essentielle pour aider les jeunes à lutter contre le harcèlement, mais aussi à mieux accepter leurs différences. Le Barreau de Bordeaux est également le premier en France à lancer une application permettant aux enfants et adolescents de demander une consultation avec un avocat. Un moyen concret de faciliter l’accès aux conseils juridiques pour les plus jeunes.

Maître Philippe Lafaye à la conférence des droits de l'enfant 2025
(c) Apprentis d'Auteuil
Maître Céline Penhoat à la conférence des droits de l'enfant 2025
(c) Apprentis d'Auteuil

A Apprentis d’Auteuil, plusieurs dispositifs sont mis en place pour accompagner les jeunes en situation de handicap. Mohamed AHAMRI-FORRIERE , chef de service éducatif du service L’ Eclaircie de la Maison d’Enfants Saint-Joseph de Blanquefort, travaille chaque jour avec son équipe pour aider ces jeunes à accepter leurs différences.
« Dans notre service, nous ne partons pas du principe que l’accueil dépend de ta particularité. Nous considérons plutôt que, dès que tu arrives chez nous, nous prenons en compte l’ensemble de tes différences et de tes besoins pour construire un accompagnement adapté », explique-t-il.

Avec beaucoup d’émotion, Cristiano, jeune accueilli à L’ Eclaircie, a ensuite témoigné : « Grâce à L’Eclaircie, j’ai pu me faire des amis qui m’ont soutenu, m’ont aidé à parler et à accepter mes différences. » Sonia, ancienne accompagnée du service, a également partagé son expérience : « L’Eclaircie a vraiment changé ma vie. Ils m’ont aidée à trouver une formation et à me développer personnellement. »

Jeunes lors de la CIDE 2025
(c) Apprentis d'Auteuil

Différents, et après ?

Pour la dernière partie de la conférence, Lucas a présenté le dispositif « Sentinelles et Référents ». Mis en place au sein de l’établissement scolaire Saint-Joseph, ce programme vise à repérer et à prévenir les situations de harcèlement.
Des jeunes comme des professionnels de l’éducation sont formés à ce dispositif, car, comme le souligne Lucas, « Nous pouvons tous, à notre niveau, contribuer à lutter contre le harcèlement. »

La libération de la parole est essentielle : elle permet aux victimes d’oser se confier.
Maître Philippe Lafaye a rappelé à ce sujet que « le harcèlement est un délit puni par la loi et sévèrement réprimé. Il est donc important d’en parler. »

Mailys Lamarche, Chargée de projet Qualité & EARS/Médiation, a rappelé l’importance de l’éducation dans la lutte contre le harcèlement : « Les jeunes doivent apprendre à vivre ensemble avec, malgré ou grâce à leurs différences. Éduquer, former, réparer : trois verbes, trois manières d’accompagner les jeunes vers davantage d’autonomie, de respect et d’égalité. »

Mailys Lamarche et Lucas lors de la conférence des droits de l'enfant 2025
(c) Apprentis d'Auteuil

Pour conclure ces regards croisés, Hugo Ferraris, élève avocat — qui venait tout juste de valider l’examen d’entrée au CRFPA 2025 le 20 novembre au matin — a partagé son parcours au sein de la Maison d’Enfants Saint-Joseph : « Ce n’est pas une fatalité d’avoir été accueilli par l’Aide sociale à l’enfance. C’est ensuite à nous d’en faire quelque chose de positif grâce à notre force, notre singularité, qui — on le comprend plus tard — devient un atout et nous différencie des autres. »

Caroline Boirdon et Hugo Ferraris lors de la conférence des droits de l'enfant 2025
(c) Apprentis d'Auteuil

Jean-Marc Sauvé, président du conseil d’administration d'Apprentis d’Auteuil et vice-président du Conseil d’État, a clôturé la soirée par une réflexion inspirante : « Nous devons porter la cause des jeunes : ils sont l’avenir de notre société. Nous ne pouvons rien construire sans eux. Leur interpellation et leur créativité nous font avancer. Ne les laissons pas au bord du chemin. N’assignons pas les jeunes à leurs difficultés ou à leur handicap, c’est essentiel. »

Animée avec brio par nos quatre jeunes animateurs, cette conférence a rappelé l’importance de créer des espaces où la parole des jeunes compte, inspire et transforme.
Ce soir-là, ils nous ont transmis un message clair : la jeunesse veut — et doit — être écoutée !

Un grand merci également à Luna, Charlotte, Nathan et Alexandre du CAP Vente de l'ensemble scolaire Saint-Joseph qui ont assuré l'accueil de nos invités avec sourires et bienveillance !

Jeunes CIDE 2025
(c) Apprentis d'Auteuil

Rendez-vous sur YouTube pour découvrir la conférence en intégralité