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Écrans et parentalité : trouver le juste équilibre pour grandir ensemble 4/4
Dans nos maisons, les écrans s’invitent partout : à table, dans les chambres, parfois même dans les bras des tout-petits. Ils ouvrent des fenêtres sur le monde, mais peuvent aussi refermer les portes du dialogue. Pour les parents, difficile de trouver le bon équilibre entre accompagnement, vigilance et lâcher-prise tout en plaçant la relation au coeur de l’éducation numérique.
Conscient du danger, l’Etat a constitué en janvier 2024 une commission d’experts sur l’impact des jeunes aux écrans qui préconise d’interdire leur usage aux enfants de moins de 3 ans et l’usage des téléphones mobiles aux moins de 11 ans.
Au sein des établissement d’Apprentis d’Auteuil, on s’efforce de répondre aux défis liés à l’usage des écrans tout en soutenant les parents et les jeunes dans leur développement.
Comprendre sans condamner : les écrans, un outil à apprivoiser
En France, un adolescent passe en moyenne plus de six heures par jour devant un écran, particulièrement sur les réseaux sociaux car la majorité d’entre eux possèdent un smartphone. L’avènement d’internet marque une véritable révolution dans notre façon de découvrir et de s’approprier le monde avec une possibilité infinie d’interactions. Mais, paradoxalement une fréquentation excessive des écrans peut au contraire être facteur d’isolement. Chez les jeunes enfants elle peut nuire au développement de leur cerveau, entraîner des retards de langage ou perturber la gestion des émotions. Chez les adolescents, un usage excessif des réseaux sociaux ou des jeux en ligne peut mener à des problèmes de santé mentale, notamment des symptômes dépressifs.
Des faits qui interrogent, mais qui disent surtout l’importance de mieux accompagner les jeunes dans leurs usages.
« Avec les écrans, il n’y a pas de séparation nette entre le réel et l’imaginaire », rappelle le père Jean-Marie Petitclerc, éducateur salésien, « Il faut aider les jeunes à retrouver l’empathie par l’éducation au respect et à la rencontre » (2).
« Éduquer à l’écran, pas contre l’écran » : le rôle des parents, de l’école et de l’État
Pour les parents la question des écrans dans le cadre de la parentalité est un sujet délicat et très actuel. Ils sont souvent démunis face à cette omniprésence et entre culpabilité et fatigue, ils ont besoin de repères et de soutien face à la rapidité de la mutation numérique. Le rapport de la commission d’expert sorti le 30/04/2024, préconise une gestion du temps devant les écrans adaptée aux différents âges des enfants, et face à ces recommandations les parents ont donc un rôle important à jouer, notamment celui de l’accompagnement et de l’exemple à donner afin de préserver le lien avec leur enfant.
Avec une certaine lucidité les psychiatres envisagent que le seul accompagnement des parents ne soit pas suffisant pour protéger la jeunesse. Xavier Pommereau affirme qu’« interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans ne suffira pas, il faut encadrer les plateformes et leur imposer nos règles » et Serge Hefez que « les mesures de limitation ou d’interdiction mises en place ne seront d’aucune utilité sans une véritable alliance éducative et soignante visant à repérer les premiers signes de la souffrance psychique, à apprendre aux jeunes à discerner le vrai du faux, à stimuler l’intelligence collective par des groupes de discussion, du théâtre, des jeux de rôle ».
L’école a également son rôle à jouer dans l’éducation au numérique raisonné en abordant des sujets comme le paraître, la pornographie, le harcèlement, les relations sur les réseaux, l’esprit critique tout en valorisant ce qui est positif sur internet et les réseaux.
Quelques repères adressés aux parents pour un usage raisonné :
- pas d’écran dans la chambre ni pendant les repas
- pas d’écran avant 3 ans et un usage accompagné à partir de 6 ans
- favoriser les activités extérieures, sportives, créatives
- partager des moments « sans écran » en famille
- leur expliquer l’utilité des outils de contrôle parental
Dans le Sud-Ouest : des initiatives concrètes sur le terrain
Dans les établissements Apprentis d’Auteuil, de nombreuses initiatives voient le jour pour accompagner les jeunes et les familles vers un usage plus serein du numérique :
- Aux Petites Pousses du Lac (Bordeaux) une priorité est donnée à la motricité et au jeu libre pour que l’enfant apprenne d’abord à bouger, toucher, ressentir.
- Au sein de l’ensemble scolaire Saint-Joseph (Blanquefort) un projet « Sentinelles et Référents » a été mise en place afin de repérer et prévenir le harcèlement, y compris en ligne.
- Au collège Saint-Jean (Saint-Sulpice) sont organisées des séances d’éducation à la maitrise de l’informatique sur la vérification de l’information et la sécurité numérique.
- Des séances d’EARS (Éducation Affective Relationnelle et Sexuelle) sur la sensibilisation au cyberharcèlement et à la gestion de l’image de soi.
- Des soirées docs-débat avec des experts, comme celle du mercredi 8 octobre où 3 personnes de l’Office des Mineurs de Paris sont venus parler, échanger et répondre aux questions de jeunes sur « Les dangers du numérique » suite au visionnage du documentaire d’Élisa Jadot « L’emprise du numérique ».
- La mise en place de « Boîte à outils numériques », plateforme interactive pour les professionnels et les familles, avec des ressources éducatives et préventive.
Toutes ces initiatives rappellent que l’éducation au numérique ne se fait pas seule, elle naît du lien, de l’écoute et du collectif. Il ne s’agit pas de « lutter contre » les réseaux sociaux, mais de se donner les moyens de les encadrer afin d’en contrer l’effet d’addiction chez les plus jeunes et surtout de leur apprendre à bien les utiliser.
Conclusion : Se reconnecter à l’essentiel
Les écrans font partie de nos et il ne faut pas qu’ils deviennent nos ennemis. C’est pourquoi l’enjeu est d’apprendre à s’en servir pour grandir et non pour s’isoler. C’est tout le sens du travail mené à Apprentis d’Auteuil : aider chaque jeune à développer son discernement, encourager chaque parent à se sentir acteur est faire du numérique un espace d’éducation, de créativité et de lien.
POUR ALLER PLUS LOIN
De nombreuses études confirment que plus l’enfant et jeune, plus l’exposition prolongée sur les écrans peut nuire à son développement cognitif et émotionnel.
1 Dr. John Hutton, pédiatre et chercheur à Cincinnati Children’s Hospital.
2 Les écrans sont destructeurs d’empathie » — RCF, 30 avril 2024
3 Article Ouest-France 06/2022
4 Cohorte française ELFE – Inserm / Inrae / Université Paris Cité